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Chapitre un.





«Retour à l'âge de l'innocence...»




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Weinerz: « Bill, vous avez l'air songeur quand je vous parle de votre enfance. Auriez-vous quelque chose à m'en cacher?»

Bill :« Hmmm...vous voulez vraiment savoir?»

Weinerz : « Bien entendu..»

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10 Décembre1980

Je reviens de l'école et marche vers la maison, en sang et plein d'ecchymoses. Je me suis encore battu aujourd'hui. Pourquoi les autres me cherchent-ils comme ça? J'aime ça la bagarre...et je gagne toujours. Ils devraient quand même tous s'en rappeler! Chaque bleu, chaque blessure est comme un trophée pour moi. Je les porte fièrement, j'ai l'air d'un dur. D'un vrai dur, le plus impitoyable, le plus inatteignable. La seule chose qui me tracasse et qui manque de me faire trembler, c'est que mon père n'en sera pas très content. Les clients ne veulent pas d'objets brisés, n'est-ce pas? Alors pourquoi voudraient t-ils d'un prostitué boursouflé et plein de bleus? Oui, vous avez bien compris. Je suis un minable prostitué et je n'ai que dix ans. J'ai commencé à mes cinq ans, mais je sais que plus jeune que ça encore, mon père envoyait des gens dans ma chambre et ils me faisaient subir les pires sévices qu'un jeune peut craindre. J'ai toujours été sale, tâché par cette honte qui m'en hante. Je vis avec. Jour après jour. Je me dis que ça pourrait toujours être pire...

Je marche très lentement. Je ne suis pas pressé du tout de rentrer chez moi. Elle est loin devant, ma maison, et j'aime bien en être bien distant. Des gens se tournent sur mon passage et me posent toutes sortes de questions. Ils ont l'air catastrophés de me voir ainsi. Je les ignore tout simplement. Il neige et je suis en t-shirt, ce qui attire encore plus l'attention. Je n'ai pas encore mon manteau, je dois trouver un moyen de me le payer. Tout l'argent que je fais, mon père le garde pour lui, donc je dois me taper des clients supplémentaires sans qu'il le sache.

À la radio, ça disait que cette année allait être la plus froide des années précédentes à New York. Je ne m'en réjouis pas trop disons...brrr...nous sommes seulement au mois de décembre et il neige déjà! Il y a déjà un peu de gel sur les voitures et le sol. Pas besoin de vous dire que je suis rouge vif de froid. J'ai envie de découper mon sac à dos pour en faire un manteau. Et pourquoi pas? Non je rigole. Je n'aurai plus de sac pour l'école! Me voilà en face de ce taudis qui me sert de chez moi. J'espère que mon père n'est pas revenu du bar, il ne faudrait surtout pas qu'il me ne me voit dans mon état actuel...je tourne lentement la poignée,
entre sans faire de bruit puis referme la porte tout aussi silencieusement. On n'entend même pas une mouche voler. Personne n'est là. OUF!

Je me dirige rapidement à la salle de bains et mets du fond de teint sur mes bras et mon visage. J'essaie de faire disparaître ces ecchymoses et les bulles de sang, mais rien n'y fait. Je suis à la limite de la crise de nerfs. Je sens que je commence à paniquer. Un inquiétant malaise au niveau du c½ur me fige. Mon c½ur bat trop vite, je ne dois surtout pas m'emballer.
M'appuyant contre le lavabo, je me regarde dans le miroir sur l'armoire à pharmacie. Je fais vraiment pitié à voir, ce soir. Il se peut que je ne travaille pas si je suis comme ça, mais ce fait ne me calme pas. Les larmes me viennent aux yeux, je sais que mon père me fera du mal. Il me déteste et fait tout en son pouvoir pour me le faire comprendre. Ma mère est partie avec un autre gars il n'y a pas si longtemps. Qu'elle salope! Elle seule pouvait me protéger. En fait...elle n'avait pas vraiment l'intention de me protéger, mais mon père ne me faisait rien en sa présence. Maintenant, les coups sont gratuits, en tout temps et j'en suis tellement stressé que je ne peux rien avaler et que je souffre d'insomnie. Mais...ça pourrait être pire...oui Bill...tout va s'arranger un jour.

J'entends des voix d'hommes s'élever dans l'entrée, à la cuisine. Mon père est arrivé avec mes clients.
J'applique une dernière couche de fond de teint. C'est quand même beaucoup moins pire que tout à l'heure, on dirait que mes bleus sont très pâles. Je mets mon chandail à col roulé qui traîne par terre et sors de la salle de bain. Mon c½ur bat à tout rompre. Je grelotte des dents. Mon père me jette un regard noir que je traduis à un «va dans ta chambre». J'y cours sans broncher, mieux ne veux pas l'énerver. Mon chat est couché en boule sur mon lit. Il est tellement beau mon chat! Lui, c'est Mr.Jingles. (À prononcer avec un accent anglais) Je me couche à ses côtés, enlève mes souliers et caresse longuement ses courts poils roux. Ses yeux sont noisettes en en amande, tout comme les miens. Lorsque je touche ses oreilles, il miaule et s'étire en fermant les yeux, je sais qu'il adore ça. Je peux valser avec, le jeter dans les airs et le rattraper, il aime ça. Il aime tout simplement ma présence.

La porte s'ouvre et deux hommes entrent dans ma chambre. J'enferme mon chat dans le garde robe; je sais qu'il n'aimera pas ce qu'il va se passer. À peine eus-je le temps de fermer la porte que le plus grand des deux me prend dans ses bras et me jette sur le lit. Il me tient pendant que l'autre me déshabille. Ils ont l'air de se foutre pas mal de mes bleus sur le reste de mon corps, voire ils ne s'en rendent pas compte. Je ressens encore un malaise, mon petit coeur tout affolé s'emballe à nouveau...


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Weinerz:« Je crois que vous me contez des salades pour que je vous prenne en pitié»

Bill: « J'aimerais ne pas y croire non plus»

Weinerz: « Alors c'est vrai?»

Bill: « Aussi vrai que j'en ai la chair de poule...»


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# Posté le dimanche 14 septembre 2008 14:47

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